Victoires et Alternatives reussies

La crise de l’eau dans le monde résulte de la convergence de trois erreurs critiques : la crise de l’inégalité et de la pauvreté, la crise d’insoutenabilité de nos écosystèmes aquatiques et la crise de gouvernance des services publics sous les pressions pour la privatisation. Face au paradigme arrogant et dépassé de la “domination de la nature” et ses stratégies “d’offre” fondées sur le commerce du “béton”, s’imposent aujourd’hui de nouvelles stratégies d’économie et d’efficacité . Les politiques les plus avancées de gestion des eaux intègrent la modernisation des techniques d’irrigations et des réseaux urbains de distribution, ainsi que l’application de lois et de technologies empêchant la contamination et la surexploitation des cours d’eau et des nappes phréatiques.Cependant, le défi fondamental ne réside pas tant dans la technologie que dans la volonté politique. La lutte contre la privatisation des services publics des eaux et contre la corruption donne le jour à de nouveaux modèles de gestion publique paticipative sous contrôle social, tout en ouvrant la voie à la reconnaissance de l’accès à l’eau comme un droit humain. Heureusement, face aux graves problèmes que provoque cette crise mondiale de l’eau, la mobilisation citoyenne ouvre de nouvelles espérances sur la perspective d’un autre ordre mondial, assurément possible puisqu’il est incontournable.

Femmes Mazahuas, Mexique

“LA LUTTE POUR LE DROIT À L’EAU”

En septembre 2004, après une année de lutte, les femmes mazahuas, armées symboliquement d’outils de paysans et de fusils de bois, formèrent l’Armée Zapatiste des Femmes Mazahuas pour la Défense de l’Eau. Le Système Cutzamala, avec 140 kms de canaux, de tunnels et d’énormes stations de pompage, transférait depuis leur territoire 480 millions de mètres cubes vers la zone urbaine de Mexico, alors que leurs communautés n’avaient même pas l’eau potable.

Une succession sans fin de marches vers la ville de Mexico, de grêves de la faim, de manifestations et de piquets de surveillance, les femmes toujours en avant, parées de leurs beaux costumes, leurs enfants à l’épaule et leurs fusils de bois à la main, leur donnèrent une telle popularité que le gouvernement mexicain finit par accepter de négocier leurs demandes : de l’eau potable et un plan de développement intégral et soutenable.

Par leur condition de mères et de femmes indigènes, les Mazahuas ont créé l’alliance entre le mouvement des femmes, le mouvement des indigènes et le mouvement écologiste dans la lutte pour le droit humain à l’eau.

Le projet ASA, Un million de citernes – Brésil

“CONSTRUCTIONS CITOYENNES DANS LE NORD-EST BRÉSILIEN SEMI-ARIDE”

Le nord-est du Brésil est une région semi-aride de 947.752 km² où vivent 22 millions de personnes. Le changement climatique crée actuellement des situations de pénurie qui pourraient provoquer des exodes comme ceux du Sahel africain. Pour l’instant, l’ “Articulation du Semi-aride du Brésil” (ASA), réseau de 700 organismes (syndicats agricoles et ouvriers, coopératives, églises, communautés et ONG écologistes…) a empêché le désastre humain.

Le discours officiel est encoré lié aux grands projets hydrauliques, comme le Transfert du fleuve San Francisco, un double canal de 700 km, d’un coût de 1 500 millions d’euros, destiné à l’irrigation massive d’agro-business d’exportation, d’agro-combustibles et d’élevage de crevettes. Un puissant mouvement social s’y oppose depuis le fleuve San Francisco, rejoint par l’ASA depuis le Nordeste.

Pour faire reconnaître l’accès à l’eau comme un droit humain, l’ASA a développé le Programme “1 Million de Citernes pluviales”, qui garantira de l’eau de qualité à 5 millions de personnes. Dans plus de mille municipalités, 190.330 citernes ont déjà été construites et 187.923 familles ont été formées à la gestion de l’eau.

L’opposition au projet de transfert de l’eau de l’Ebre – Espagne

“LES TRANSFERTS NE SONT PAS LA SOLUTION”

Le Plan Hydrologique National (PNH), conçu en Espagne en 1998, prévoyait un grand transfert de l’eau du fleuve Ebre vers la côte de la Méditerrannée, afin de répondre à la demande croissante en eau pour l’irrigation intensive et le développement immobilier et touristique à grande échelle. Les dommages écologiques, sociaux et territoriaux liés à ce détournement, joints aux approximations économico-financières de ce projet, provoquèrent une forte opposition, surtout en Aragon et en Castille, qui fut appuyée par la communauté scientifique et, en dernière instance, par les institutions européennes.

En mars 2004, le projet de transfert fut annulé et l’application de solutions alternatives mise en place. La Nouvelle Culture de l’Eau donne, comme points clés, de nouveaux objectifs soutenables pour l’organisation du territoire et de la ville, la modernisation des réseaux urbains et des systèmes d’irrigation, l’application de nouvelles techniques de dessalement, l’économie de la ressource en eau et sa réutilisation.

Le barrage abandonné de Janovas – Espagne

“LA RIVIÈRE ÉPARGNÉE, L’IMMERSION ENCORE EN SUSPENS”

Jánovas, Lavellita, Lacort et douze autres villages de la vallée de l’Ara, à la porte du Parc National d’Ordesa, ont été détruits dans les années 60 pour un barrage qui n’a jamais été construit. Les conflits d’intérêts entre l’administration et Iberduero, actuellement Iberdrola, qui allait vendre ses droits à Endesa, usufrutière du barrage, ainsi que les doutes quant à sa rentabilité retardèrent les travaux pendant des décennies. Leurs habitants furent pourtant obligés de s’en aller de force, parfois par la violence, comme lors de l’emploi de la dynamite pour détruire les maisons alors que des gens habitaient encore à Jánovas.

La famille Garcés résista à ce harcèlement pendant vingt ans. En 2001, une évaluation négative de l’impact écologique sur l’ancien projet mit fin à la menace et sauva la rivière. Aujourd’hui cependant, plus d’un demi-siècle après, les anciens habitants de la vallée et leurs descendants luttent encore pour recouvrer leurs droits et reconstruire leurs vies dans une vallée détruite par un projet hydroélectrique notoirement inutile. En 2008, l’immersion a été à nouveau évoquée.

La lutte contre le barrage Alta – Norvège

“LAISSEZ VIVRE LE FLEUVE”

L’opposition à la construction du barrage d’Alta, dans les années 1970, a été pionnière dans la lutte contre les grands barrages dans toute l’Europe. Les communautés indigènes sames, dans le nord de la Norvège, ont rattaché la lutte contre le barrage à la réclamation de leurs droits en tant que peuple. Après des mobilisations intenses comprenant deux grêves de la faim et le blocage des travaux pendant plusieurs mois, leur lutte obtint satisfaction : le gouvernement norvégien réduisit fortement le projet initial et apporta des modifications pour préserver la richesse naturelle du fleuve, outre des dispositions constitutionnelles reconnaisant officiellement l’identité culturelle, sociale et politique du peuple same.

La suppression de barrages sur la rivière Klamath River – USA

“OUVREZ CETTE PORTE DE FER”

Aux Etats-Unis, ces dernières décennies ont vu le démantèlement de plusieurs dizaines de grands barrages à l’expiration des concessions d’exploitation des eaux. On estime désormais que l’état naturel des rivières, selon la procédure légale de “cours d’eau sauvage et pittoresque” (wild and scenic river), apporte plus d’avantages économiques et écologiques que sa retenue pour la production d’électricité. Les communautés affectées par la construction de plusieurs barrages hydroélectriques sur le Klamath, jadis réputé pour la pêche du saumon, réclament la démolition des infrastructures qui retiennent ses eaux, en raison des graves dommages économiques et sociaux provoqués. Ils ont de bonnes raisons d’espérer l’obtenir, étant donné la nouvelle valeur donnée maintenant aux rivières libres en Amérique du nord.<

La Loire…. une belle histoire – France

“LA LOIRE… UNE BELLE HISTOIRE“

Vers la fin des années 80, un ambitieux projet de régulation de la Loire fut élaboré, à partir de sa tête de bassin, au travers de quatre grandes retenues et d’une centaine de km de digues. Le dernier grand fleuve sauvage d’Europe était en péril. Heureusement, toute la population du bassin se mobilisa pour défendre le fleuve, SOS Loire Vivante occupant pendant 5 ans le site prévu pour construire le premier ouvrage. Le Gouvernement, non seulement renonça à ses projets, mais approuva en 1994 le “Plan Loire Grandeur Nature”, dont l’objectif est de préserver la Loire au moyen d’une gestion “douce” du fleuve, et de sauvegarder, entre autres, le saumon migrateur. A cette fin, en 1998, plusieurs barrages, en fin de concession et qui empêchaient la remontée du saumon pour frayer, ont été effacés. Aujourd’hui, la Haute Loire est l’un des sanctuaires naturels les mieux conservés de France et sa population vit du tourisme rural et de son capital nature.