Grands barrages et deplacements forces
En 2000, la Commission mondiale des Barrages a présenté son rapport final. Malgré la participation des gouvernements, des organisations de victimes et de centaines d’experts, la Commission a reconnu son incapacité à préciser le nombre de personnes déplacées, qu’elle a fini par évaluer entre 40 et 80 millions. Cet écart démesuré entre les chiffres reflète l’invisibilité tragique et honteuse des victimes. Dans de nombreux cas, la population n’a même pas été recensée. Ses droits ont rarement fait l’objet de compensations. Les sites de relogement souffrent de graves problèmes d’insalubrité (promiscuité, manque d’eau potable, d’électricité et de services d’hygiène de base…) ; les terres sont pauvres et la pêche n’est plus possible. La désintégration sociale et culturelle accroît leur vulnérabilité, particulièrement quand il s’agit de communautés indigènes. Tous ces facteurs provoquent des situations d’extrême pauvreté, de faim et d’insalubrité.
Lutte contre le barrage de La Parota -Mexique
“LA TERRE N’EST PAS À VENDRE”
Depuis l’année 2003, de nombreuses commmunautés de l’état de Guerrero s’opposent vigoureusement à la construction du barrage de La Parota sur le fleuve Papagayo. Sa réalisation inonderait plus de 17.000 hectares, exigerait de déloger quelques 25.000 personnes et mettrait en danger 75.000 autres personnes, en aval, par la perte de leurs ressources en pêche et de leurs autres moyens de subsistance. Le Conseil des Coopératives agricoles et des Communautés d’Opposition à La Parota (CECOP) a dénoncé la violation systématique de leurs droits fondamentaux, y compris l’assassinat de plusieurs de leurs leaders. Actuellement, les habitants reçoivent avec espoir des nouvelles qui tendent au gel de ce projet.
Le barrage de Kariba – Zambie- Zimbabwe
“NO MONEY, NO POWER“
Avec plus de 30 barrages, le fleuve Zambèze est l’un des plus endommagés d’Afrique, bien que les impacts de ces infrastructures aient été passés sous silence. A cause de la construction du barrage de Kariba, des dizaines de milliers de personnes ont été expulsées en 1959 pour être réinstallées en plein désert, sans accès à l’eau et presque sans moyens de subsistance. Dans le même temps, les ressources en pêche diminuaient dramatiquement et les terres fertiles étaient inondées en aval. Cinquante ans plus tard, les victimes luttent toujours pour recevoir des compensations minimales qui puissent les délivrer de la misère.
Le barrage de Yacyreta – Argentine-Paraguay
“ADIEU AU PARADIS
Le barrage hydroélectrique de Yaciretá sur le fleuve Paraná, muraille de 5 km de long et de 65 km de digues, a exigé l’inondation de quelques 500 km² de terres et le déplacement forcé de plus de 40.000 personnes, la plupart des communautés de la mythique culture guaraní, en voie de désintégration à cause de cet ouvrage. Le coût des travaux a été multiplié par cinq et 6 milliards de dollars ont été détournés.
Actuellement, les personnes spoliées luttent toujours pour dénoncer la misère à laquelle ils ont été réduits et les violentes agressions commises par les paramilitaires (qui délogent les communautés en brûlant leurs maisons) mais aussi pour empêcher l’agrandissement du barrage. Ceci entraînerait la perte d’encore 200.000 ha de cultures, de 1.000 km² où vivent près de 80.000 personnes et la destruction des marais d’Iberá, une zone de grande valeur écologique à l’échelle mondiale.
Le barrage des Trois-Gorges – Chine
“LA GRANDE MURAILLE SOMBRE“
Le barrage des Trois Gorges est le plus grand du monde et a provoqué de très graves problèmes sociaux, économiques et écologiques. Il a exigé l’expulsion d’un million cinq cent mille personnes, l’inondation de plus de 140 localités et d’une immense étendue de terres cultivables sur 630 km². Il a entrainé la réduction d’un million de tonnes de pêche dans la Mer de Chine orientale, la fermeture de quelques 1.600 entreprises et usines et la disparition de nombreux monuments historiques et sites archéologiques. Le régime chinois réprime l’opposition à ce projet ainsi que la simple demande de compensations de la part de la population spoliée.
Projet du barrage Traveston – Australie
“QUAND POUR ÊTRE POSITIF, IL FAUT DIRE NON”
En avril 2006, le gouvernement d’Australie a annoncé la construction d’un grand barrage près de Traveston pour approvisionner la capitale en eau. Ce projet encourage une croissance urbaine insoutenable pour l’environnement et ignore les problèmes d’efficience de la gestion de l’eau dans les réseaux urbains.
Ce barrage exigera le transfert par la force de milliers de personnes et la disparition de nombreuses entreprises et pêcheries ; il entraînera la perte d’environ 76 km² de surfaces irriguées ; il affectera des routes, des ponts, des voies ferrées, des télécommunications et des infrastructures énergétiques ; il aura un effet désasteux sur l’importante activité touristique de Great Sandy Straits ; enfin il inondera des zones de grande valeur historique et culturelle ainsi qu’une vaste superficie forestière et végétale.


























































































































