Degradation des Ecosystemes et Famine

En quelques décennies, nous avons asséché une grande partie de nos marais, abattu les arbres bordant les cours d’eau, rectifié, rétréci et endigué les lits de rivières. Par des dizaines de milliers de grands barrages, nous avons brisé la continuité des habitats fluviaux. Nous avons contaminé et surexploité les nappes phréatiques et les fleuves, qui parfois, ne parviennent même plus jusqu’à la mer. Au nom du “progrés”, nous avons brisé le cycle de l’eau. Au point que c’est dans le milieu aquatique continental que l’on relève le plus grand pourcentage d’espèces éteintes ou en voie d’extinction. Cette rupture en met pas seulement la biodiversité en péril, elle aggrave deux des plus grands problèmes de l’humanité : l’accès à l’eau potable et la faim. La plus grande partie des protéines consommées par les communautés pauvres provient en fait de la pêche. Nous constatons à ce jour ces désastres humains tandis que d’autres s’annoncent, plus graves encore, à mesure que les ressources de pêche sont ruinées. Les exemples de l’Amazonie, de la mer d’Aral, du lac Tchad, des fleuves Urrá, Paraná, Mékong… démontrent comment la dégradation des cours d’eau et des lacs peut aggraver les problèmes de faim dans le monde.

Le barrage Gibe 3 sur la rivière Omo – Ethiopie

“LE BARRAGE GIBE 3″

La rivière Omo, dans le sud-est torride de l’Ethiopie, débouche dans le lac Turkana (au Kenya) au milieu d’une zone désertique. Un demi-million de personnes vivent le long du cours inférieur de l’Omo. L’alimentation de cette population dépend des cycles saisonniers des crues ; quand l’inondation se retire, ils sèment leurs cultures et font paître leur bétail dans la zone inondable, enrichie par les substances nutritives des sédiments. Actuellement, leur survie est menacée par la construction d’un grand barrage hydroélectrique, Gibe 3, qui altèrerait gravement le régime fluvial.

Par ailleurs, en 2003, 5.000 membres de l’ethnie Konso ont été réinstallés sur des terres de l’ethnie Bodi sans que celle-ci ait reçu de compensations. Les tensions entre les deux communautés ont entraîné de graves affrontements et des morts. La perte de terres fertiles sur les rives du fleuve, à cause du barrage, et la situation de famine à  laquelle les Bodi sont acculés donne à craindre pour la paix dans la région.

Le Delta de l’Indus – Pakistan

“FERMEZ LES YEUX SI VOUS PRÉFÉREZ NE PAS VOIR”

Depuis la chaîne de montagnes du Tibet jusqu’à la Mer d’Arabie, le fleuve Indus est la principale ressource d’eau douce du Pakistan. Les 3.000 km de son cours et son delta de 700.000 hectares font vivre des millions de personnes. La croissance de la population, la sécheresse mais surtout la construction de plusieurs barrages ont provoqué un désastre écologique : la pêche a disparu, les terres se sont salinisées et les conditions de vie de la population se sont dégradées dramatiquement.

La Mer d’Aral– Kazadstan / Ouzbekistan

“UN DÉSERT DE SEL SOUS LES YEUX”

La Mer d’Aral, qui était le quatrième lac du monde en étendue, a diminué et même failli disparaître à cause du détournement du cours de ses rivières, l’Amou Daria et le Syr Daria, pour cultiver le coton dans des terres sèches et lointaines. Des villes, qui furent à une autre époque des ports de commerce prospères au bord de la mer d’Aral, se retrouvent maintenant au milieu d’un désert de sel, à des centaines de kilomètres de la côte. L’insalubrité de cette région provoque de graves problèmes chez la population et les taux de mortalité infantile sont parmi les plus élevés du monde. L’image des vieux bateaux échoués dans le désert est devenue le symbole du désastre écologique et humain provoqué par l’usage irrationel de l’eau.

Le Lac Tchad, un désastre environnemental – Nigeria, Niger, Tchad et Cameroun

“LE LAC QUI DISPARAÎT”

Le lac Tchad était l’un des plus grands du monde mais le changement climatique et le détournement massif des eaux qui l’alimentent vers de grands projets d’irrigation dans d’autres zones a réduit radicalement sa surface ces quatre dernières décennies : sur les 26.000 km² qu’il couvrait vers 1960, il en restait à peine 900 en 2006. Si rien n’est fait, on prévoit sa disparition complète dans quelques décennies. 

Sans le lac, c’est la pêche et l’agriculture traditionnelle qui disparaissent aussi, c’est à dire les moyens de subsistance de 20 millions de personnes.

Les barrages sur le Mékong – Thaïlande, Laos et Cambodge

“COMME UNE ARTÈRE BOUCHÉE”

Le fleuve Mékong est le coeur du Sud-Est asiatique. Soixante-dix millions de personnes en dépendent pour s’alimenter, boire et se transporter. Ses inondations annuelles sont indispensables à la production de riz et de légumes ainsi que pour maintenir la pêche. Pourtant toute la vie qu’il entretient est menacée par la construction de plus de cent grands barrages.

Certains, comme ceux de Pak Mun et Theun Hinboun, ont condamné des centaines de milliers de personnes à la faim et à la dénutrition en les privant de leurs moyens de subsistance, basés sur la pêche. Ils ont détruit de nombreuses communautés et leur ont arraché leurs terres et leurs moyens de vivre, en hypothéquant pour toujours le recours à une autre forme de développement.